Unité 1 — Synthèse des thèmes littéraires

Parcours E (lycée) · classe 13 · Niveau E

Modèle : Activer → Apporter → S’entraîner → Produire → Réfléchir · Niveau : E (filière E, classe 13)

Objectifs Link to heading

  • Je peux repérer un thème littéraire récurrent dans un ensemble de textes lus au cours du cycle.
  • Je peux mettre en relation plusieurs œuvres autour d’une même question (et non les résumer l’une après l’autre).
  • Je peux citer avec précision un court extrait du domaine public pour appuyer une idée.
  • Je peux rédiger une synthèse comparative structurée (~450 mots) avec une problématique et une thèse personnelle.
  • Je peux relire et améliorer mon texte à l’aide de connecteurs logiques et de la nominalisation.

Situation de départ Link to heading

Deux élèves de classe 13 préparent la révision de fin de cycle. Scène originale.

Naïma : — On a lu tellement de textes cette année… J’ai l’impression d’avoir une pile de fiches sans fil conducteur.

Yusuf : — Justement, l’idée n’est pas d’empiler. Une synthèse, ce n’est pas un résumé qui suit. C’est une carte : on choisit un thème, puis on regarde comment plusieurs auteurs le traitent.

Naïma : — Par exemple ?

Yusuf : — Prends « la révolte ». Chez Rimbaud, elle est poétique ; chez Hugo, elle est sociale. Même mot, deux gestes. Voilà une synthèse qui commence.

Naïma : — D’accord. Donc je pars d’une question, pas d’une liste.

Questions d’activation :

  1. Quelle différence Yusuf fait-il entre résumer et synthétiser ?
  2. Quel thème propose-t-il comme exemple ?
  3. Selon vous, par quoi doit commencer une bonne synthèse ?

1. Activer Link to heading

  • Quel thème vous a le plus marqué·e cette année (mémoire, révolte, écriture de soi, société… ) ?
  • Citez deux textes différents qui parlent, selon vous, du même thème.
  • Complétez : « Une synthèse, ce n’est pas ______, c’est ______. »

2. Apporter Link to heading

A. Vocabulaire de la synthèse littéraire Link to heading

FrançaisAllemand
un thème / un motifein Thema / ein Motiv
une œuvre, un recueilein Werk, eine Gedichtsammlung
l’écriture de soidas Schreiben über sich selbst
mettre en relation, confronterin Beziehung setzen, gegenüberstellen
une problématiqueeine Leitfrage
un registre (lyrique, satirique)eine Tonlage / Stilebene
un procédé stylistiqueein Stilmittel
étayer une idée par une citationeine Aussage mit einem Zitat belegen
rendre compte de, paraphraserwiedergeben, paraphrasieren
en somme, en définitiveletztlich, alles in allem

B. Point de langue — articuler une synthèse Link to heading

Connecteurs et nominalisation. Une synthèse progresse par étapes reliées. Deux outils sont essentiels.

1. Les connecteurs de mise en relation :

  • ajouter : d’abord, ensuite, de plus, par ailleurs
  • opposer : en revanche, à l’inverse, tandis que
  • rapprocher : de même, à l’image de, comme
  • conclure : ainsi, en somme, en définitive

2. La nominalisation rend le propos plus dense et plus abstrait :

  • Les auteurs se révoltentla révolte des auteurs
  • Le personnage se souvientle travail de la mémoire

Nominaliser permet de comparer des idées, pas seulement de raconter des actions.

C. Texte-modèle — synthèse comparative (texte original, ~430 mots) Link to heading

La révolte, du poème à la barricade

Un même mot traverse la littérature française du XIXᵉ siècle : la révolte. Mais il ne désigne pas partout le même geste. En confronter quelques figures, toutes issues du domaine public, permet d’en cartographier les visages.

La révolte, d’abord, peut être poétique. Arthur Rimbaud fait de la rupture un programme d’écriture. Sa formule célèbre, « Je est un autre » (1871), fait éclater le moi ordinaire : le poète refuse la langue sage héritée de l’école et cherche une voix neuve. La révolte, ici, ne vise pas d’abord la société ; elle vise la forme elle-même.

Elle peut, ensuite, viser la société. Victor Hugo, dans la préface des Misérables (1862), lie explicitement la littérature à la « damnation sociale » qui frappe les pauvres. Chez lui, écrire, c’est accuser : le roman devient une tribune. À l’image de Hugo, Émile Zola transforme, en 1898, sa colère en acte public avec son article « J’accuse… ! ». La révolte quitte la page et entre dans l’histoire.

Elle peut, enfin, se cacher sous le spleen. Charles Baudelaire, dans Les Fleurs du mal (1857), semble d’abord peindre l’ennui et l’échec. Son albatros, dont « ses ailes de géant l’empêchent de marcher », dit la souffrance du poète incompris. Mais cette mélancolie est déjà une révolte : refuser le monde bourgeois, c’est encore le juger.

En somme, un seul thème réunit trois gestes distincts. Rimbaud révolte la langue ; Hugo et Zola révoltent la cité ; Baudelaire révolte le regard. La force d’une synthèse n’est pas d’aligner ces auteurs, mais de montrer ce qui les sépare à l’intérieur d’un même mot.

On pourrait prolonger la carte jusqu’à aujourd’hui : de nombreux auteurs contemporains de langue française reprennent, chacun à leur manière, cette énergie de la révolte — sociale, intime ou identitaire. Les nommer ici serait une autre enquête ; l’essentiel est d’avoir vu comment un thème se décline au lieu de se répéter.

D. Note culturelle — quand la littérature passe en procès Link to heading

L’année 1857 est célèbre dans l’histoire des lettres françaises : deux œuvres majeures y sont poursuivies devant les tribunaux pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Madame Bovary de Gustave Flaubert est jugé puis acquitté ; Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire est condamné, l’auteur reçoit une amende et six poèmes sont censurés. L’interdiction de ces « pièces condamnées » ne sera officiellement levée qu’en 1949. Cet épisode montre combien le thème du conflit entre l’artiste et la société n’est pas abstrait : il a une histoire judiciaire concrète. (Fait paraphrasé de l’article « Les Fleurs du mal », Wikipédia, CC BY-SA.)

3. S’entraîner Link to heading

Exercice 1 — Compréhension du texte-modèle (C).

  1. Quel mot-thème structure tout le texte ?
  2. Contre quoi se révolte Rimbaud, selon le texte ?
  3. Quels deux auteurs représentent la révolte « sociale » ?
  4. En quoi le spleen de Baudelaire est-il présenté comme une révolte ?

Exercice 2 — Repérer le geste de synthèse. Parmi ces trois phrases, laquelle synthétise (met en relation) et lesquelles ne font que résumer ? Justifiez.

  • (a) « Rimbaud écrit Je est un autre, puis Hugo écrit Les Misérables, puis Zola écrit J’accuse. »
  • (b) « Là où Rimbaud vise la langue, Hugo et Zola visent la société. »
  • (c) « Baudelaire parle de son albatros dans un poème. »

Exercice 3 — Nominalisation. Transformez chaque phrase en groupe nominal.

  • (a) Le poète refuse le monde bourgeois.
  • (b) Hugo accuse la société.
  • (c) Le personnage se souvient de son enfance.

Exercice 4 — Connecteurs. Complétez avec un connecteur adapté (d’abord, en revanche, ainsi, de même).

  • « ______, la révolte peut être poétique. ______, elle peut être sociale. »
  • « Zola transforme sa colère en acte public ; ______, Hugo fait du roman une tribune. »
  • « ______, un seul thème réunit plusieurs gestes distincts. »
Différenciation. G (base) : faire les exercices 1 et 4 ; travailler avec la liste de connecteurs sous les yeux. M (intermédiaire) : ajouter l’exercice 3 (nominalisation) sans modèle. E (approfondi) : faire les quatre exercices, puis reformuler en une phrase la thèse du texte C avec vos propres mots.

Solutions Link to heading

Exercice 1.

  1. La révolte.
  2. Contre la langue « sage » héritée de l’école ; il cherche une voix neuve (la révolte vise la forme).
  3. Hugo et Zola.
  4. Refuser le monde bourgeois et l’ennui, c’est déjà le juger : la mélancolie devient une prise de position.

Exercice 2. La phrase (b) synthétise : elle oppose deux orientations de la révolte (langue / société), donc elle met en relation. Les phrases (a) et (c) ne font que résumer ou juxtaposer : (a) aligne les œuvres avec « puis, puis » sans les comparer ; (c) décrit un seul texte isolé.

Exercice 3. (a) le refus du monde bourgeois par le poète — (b) l’accusation de la société par Hugo — (c) le souvenir / le travail de la mémoire de l’enfance. (Formulations proches acceptées.)

Exercice 4.

  • « D’abord, la révolte peut être poétique. En revanche (ou Ensuite), elle peut être sociale. »
  • « … ; de même, Hugo fait du roman une tribune. »
  • « Ainsi, un seul thème réunit plusieurs gestes distincts. »

4. Produire Link to heading

Tâche d’écriture (Niveau E, ~450 mots).

Rédigez une synthèse comparative autour d’un thème de votre choix travaillé pendant le cycle (par exemple : la mémoire, l’écriture de soi, la révolte, le rapport à la société). Votre texte doit :

  1. poser une problématique en introduction ;
  2. mettre en relation au moins trois textes ou auteurs (organisés par idées, non par auteur) ;
  3. contenir une ou deux citations exactes issues uniquement du domaine public (Rimbaud, Hugo, Baudelaire, Zola, Flaubert…) ; les auteurs contemporains sont cités par référence, sans citation ;
  4. se terminer par une thèse personnelle et une chute nette.

Critères d’évaluation :

CritèreIndicateur
Problématiquequestion claire, présente dès l’introduction
Mise en relationorganisation par idées, comparaisons explicites
Citationsexactes, brèves, du domaine public, attribuées
Langueconnecteurs variés, nominalisation, correction
Prise de positionthèse personnelle + chute mémorable

5. Réfléchir Link to heading

  • J’ai posé une problématique, pas seulement un titre.
  • J’ai comparé des textes au lieu de les résumer l’un après l’autre.
  • Mes citations sont exactes et du domaine public.
  • J’ai utilisé au moins quatre connecteurs différents.
  • Ma conclusion contient une thèse à moi.

Évaluation Link to heading

Épreuve écrite — filière E, classe 13 (compétences : compréhension écrite + expression écrite).

Tâche 1 — Compréhension écrite (12 points). À partir du texte-modèle « La révolte, du poème à la barricade » :

  • a) Dégagez la problématique du texte (2 pts).
  • b) Expliquez, en une phrase chacun, les trois « visages » de la révolte présentés (6 pts).
  • c) Relevez un connecteur de mise en relation et expliquez sa fonction (2 pts).
  • d) Distinguez, à l’aide du texte, résumer et synthétiser (2 pts).

Tâche 2 — Expression écrite (18 points). Rédigez votre propre synthèse comparative (~450 mots) sur un thème du cycle, en respectant les quatre exigences de la partie Produire.

  • Contenu et mise en relation : 8 pts
  • Citations (domaine public, exactes) : 3 pts
  • Langue et articulation : 4 pts
  • Problématique et thèse personnelle : 3 pts

Total : 30 points.

Notes pour l’enseignant·e Link to heading

Timing (45 min) : Activer 5’ · Apporter 13’ · S’entraîner 12’ · Produire 11’ · Réfléchir 2’ · Bilan 2'.

Organisation : l’Apporter peut se faire en classe entière (texte C projeté depuis la présentation) ; le S’entraîner en binômes, la correction (Solutions) au tableau. La tâche Produire se poursuit en devoir maison si le temps manque.

Différenciation : proposer aux élèves du groupe G une banque de connecteurs et une amorce d’introduction ; laisser le groupe E travailler sans support et justifier le choix de la problématique. Insister partout sur la règle de citation : domaine public uniquement ; les auteurs vivants ou récents (décédés il y a moins de 70 ans) se citent par référence, jamais par extrait.

Prolongement : consulter les textes libres de droits sur Gallica (BnF) pour vérifier une citation exacte.

Sources Link to heading

Téléchargements

Écouter

Le vocabulaire, les dialogues et les textes de cette unité en audio, dits par une voix native. Le texte parlé figure en dessous.

Vocabulaire 1
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un thème / un motif · une œuvre, un recueil · l'écriture de soi · mettre en relation, confronter · une problématique · un registre (lyrique, satirique) · un procédé stylistique · étayer une idée par une citation · rendre compte de, paraphraser · en somme, en définitive

Dialogue 1
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La révolte, du poème à la barricade
Un même mot traverse la littérature française du XIXᵉ siècle : la révolte. Mais il ne désigne pas partout le même geste. En confronter quelques figures, toutes issues du domaine public, permet d'en cartographier les visages.
La révolte, d'abord, peut être poétique. Arthur Rimbaud fait de la rupture un programme d'écriture. Sa formule célèbre, Je est un autre (1871), fait éclater le moi ordinaire : le poète refuse la langue sage héritée de l'école et cherche une voix neuve. La révolte, ici, ne vise pas d'abord la société ; elle vise la forme elle-même.
Elle peut, ensuite, viser la société. Victor Hugo, dans la préface des Misérables (1862), lie explicitement la littérature à la damnation sociale qui frappe les pauvres. Chez lui, écrire, c'est accuser : le roman devient une tribune. À l'image de Hugo, Émile Zola transforme, en 1898, sa colère en acte public avec son article J'accuse… ! . La révolte quitte la page et entre dans l'histoire.
Elle peut, enfin, se cacher sous le spleen. Charles Baudelaire, dans Les Fleurs du mal (1857), semble d'abord peindre l'ennui et l'échec. Son albatros, dont ses ailes de géant l'empêchent de marcher , dit la souffrance du poète incompris. Mais cette mélancolie est déjà une révolte : refuser le monde bourgeois, c'est encore le juger.
En somme, un seul thème réunit trois gestes distincts. Rimbaud révolte la langue ; Hugo et Zola révoltent la cité ; Baudelaire révolte le regard. La force d'une synthèse n'est pas d'aligner ces auteurs, mais de montrer ce qui les sépare à l'intérieur d'un même mot.
On pourrait prolonger la carte jusqu'à aujourd'hui : de nombreux auteurs contemporains de langue française reprennent, chacun à leur manière, cette énergie de la révolte — sociale, intime ou identitaire. Les nommer ici serait une autre enquête ; l'essentiel est d'avoir vu comment un thème se décline au lieu de se répéter.

Vocabulaire 2
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Problématique · Mise en relation · Citations · Langue · Prise de position