Unité 4 — Presse engagée (*Le Monde diplomatique*)

Parcours E (lycée) · classe 12 · Niveau E

Modèle : Activer → Apporter → S’entraîner → Produire → Réfléchir · Niveau : E (classe 12, cours d’approfondissement)

Objectifs Link to heading

  • Je peux distinguer un éditorial engagé d’un article d’information et nommer sa fonction.
  • Je peux repérer les marques de subjectivité (modalisation) qui portent l’argumentation d’un éditorial.
  • Je peux analyser trois procédés rhétoriques (ethos, pathos, logos) et expliquer leur effet sur le lecteur.
  • Je peux rédiger un commentaire analytique (≈ 350 mots) structuré et nuancé sur un texte d’opinion.
  • Je peux situer la presse engagée francophone et discuter de son rôle dans une démocratie.

Situation de départ Link to heading

Salle de classe. Nour fait défiler son téléphone ; Malik lit un journal papier.

Nour : — Pourquoi tu paies pour un journal ? Moi, j’ai tout gratuitement, en direct, sur mon écran.

Malik : — Justement. « Gratuit », ça veut dire que ce n’est pas toi le client. Tu es le produit qu’on vend aux annonceurs.

Nour : — Tu exagères. Une info, c’est une info.

Malik : — Pas toujours. Celui qui paie le journal choisit aussi ce qu’on te raconte… et ce qu’on te cache.

Questions d’activation

  1. Selon Malik, que signifie vraiment le mot « gratuit » ?
  2. Êtes-vous plutôt d’accord avec Nour ou avec Malik ? Justifiez en une phrase.
  3. À votre avis, qui finance l’information que vous lisez chaque jour ?

1. Activer Link to heading

  • Éditorial, reportage, tribune, brève : lesquels donnent une opinion ? Lesquels donnent des faits ?
  • Presse engagée : quels titres francophones connaissez-vous ? Que veut dire « engagé » pour un journal ?
  • Un journaliste peut-il être totalement neutre ? Discutez en binômes.

2. Apporter Link to heading

A. Vocabulaire — analyser un texte d’opinion Link to heading

FrançaisCatégorieSens / usage
un éditorialgenrearticle qui exprime l’opinion du journal
une tribune (libre)genreopinion signée par un auteur invité
la ligne éditorialenotionorientation politique et thématique d’un titre
l’énonciateuranalysecelui qui parle / écrit dans le texte
la modalisationanalysemarques de subjectivité (jugement, doute)
un procédé rhétoriqueanalysemoyen de persuader (image, question…)
une question rhétoriqueprocédéquestion dont la réponse est suggérée
une gradationprocédéprogression de termes de plus en plus forts
le « nous » inclusifprocédérassemble l’auteur et le lecteur
étayer / réfuterverbesoutenir / démonter un argument

Point de langue — la modalisation (exprimer la subjectivité)

Un éditorial ne dit pas seulement ce qui est, il dit ce que l’auteur en pense. On repère quatre traces principales :

  • Lexique évaluatif : adjectifs et noms chargés — fragile, héroïque, le dernier rempart, l’ignorance.
  • Modes et temps : le présent de vérité générale (celui qui paie choisit), l’impératif d’appel (ne nous y trompons pas), le conditionnel de prudence (et si c’était l’inverse ?).
  • Pronoms : le « nous » inclusif et le « vous » interpellent le lecteur.
  • Modalisateurs : adverbes et tournures qui nuancent — sans doute, presque, en réalité, il faut.

Repérer ces marques, c’est le premier pas de toute analyse rhétorique.

B. Éditorial-modèle (texte original — ne reproduit aucun article existant) Link to heading

Qui paiera pour vous informer ?

Chaque matin, des millions de titres défilent sur nos écrans : gratuits, infinis, immédiats. Nous nous croyons mieux informés que jamais. Et si c’était l’inverse ?

Car cette gratuité n’existe pas. Quand l’information ne coûte rien au lecteur, c’est qu’elle est payée par quelqu’un d’autre : l’annonceur, l’actionnaire, l’algorithme. Or celui qui paie choisit. Il choisit les sujets qui rapportent, écarte ceux qui dérangent, et transforme le citoyen en simple cible publicitaire.

Face à cette logique, une presse indépendante subsiste, portée par ses seuls lecteurs. Elle enquête lentement, vérifie, dérange. Elle refuse la publicité et les grands groupes. Son modèle est fragile, exigeant, presque héroïque. Mais il reste le dernier rempart d’une démocratie qui a besoin de doutes plus que de certitudes.

Alors ne nous y trompons pas : s’informer librement a un prix. Ce prix, ce n’est pas seulement quelques euros par mois. C’est le refus du confort, l’effort de lire, la volonté de comprendre. Une société qui ne veut plus payer pour son information finit par payer bien plus cher : son ignorance.

Le choix nous appartient. Et il commence aujourd’hui.

(Éditorial fictif rédigé pour l’unité, ≈ 210 mots.)

C. Repère culturel — Le Monde diplomatique Link to heading

Fondé en 1954, Le Monde diplomatique est un mensuel français d’analyse consacré à la géopolitique, à l’économie et aux questions internationales. Né dans l’orbite du quotidien Le Monde, il possède une rédaction et une ligne propres, plutôt à gauche et internationalistes. Son indépendance repose en partie sur ses lectrices et lecteurs, réunis dans une association d’« Amis » qui participe au capital du journal. Le titre est diffusé à l’étranger sous de nombreuses éditions et traductions, ce qui lui donne un rayonnement rare pour un mensuel d’idées. Il illustre ainsi le modèle d’une presse engagée qui revendique une opinion tout en s’appuyant sur l’enquête et les données.

Source paraphrasée : « Le Monde diplomatique », Wikipédia (fr), CC BY-SA 4.0 — voir Sources.

3. S’entraîner Link to heading

Ex. 1 — Compréhension écrite (texte B). Répondez par une phrase complète.

  1. Selon l’éditorial, pourquoi la « gratuité » de l’information n’existe-t-elle pas ?
  2. Quelles trois « instances » l’auteur cite-t-il comme véritables payeurs ?
  3. Comment l’auteur décrit-il le modèle de la presse indépendante (trois adjectifs) ?
  4. Quel est, selon la chute, le vrai « prix » d’une société qui refuse de payer ?

Ex. 2 — Repérer la subjectivité. Relevez dans le texte B un exemple pour chaque marque :

a) un adjectif évaluatif → ___ b) une question rhétorique → ___ c) un « nous » inclusif → ___ d) un impératif d’appel → ___

Ex. 3 — Ethos, pathos, logos. Associez chaque procédé à sa définition, puis trouvez-en un exemple dans le texte.

ProcédéDéfinition
1. ethosA. convaincre par l’émotion
2. pathosB. convaincre par la logique et les faits
3. logosC. convaincre par l’image / l’autorité de celui qui parle

Ex. 4 — Réécriture engagée. Transformez cette phrase neutre en phrase d’éditorial (ajoutez au moins deux marques de subjectivité) :

« Certains journaux vivent uniquement des abonnements de leurs lecteurs. »

Différenciation G : faites les Ex. 1 et 2 ; pour l’Ex. 4, complétez un modèle donné. M : faites les Ex. 1 à 3 ; justifiez chaque réponse de l’Ex. 3 par une citation. E : faites les quatre exercices ; à l’Ex. 4, produisez deux réécritures d’effets différents (indignation / solennité).

Solutions Link to heading

Ex. 1. 1) Parce que si l’information ne coûte rien au lecteur, elle est financée par quelqu’un d’autre. 2) L’annonceur, l’actionnaire et l’algorithme. 3) Fragile, exigeant, (presque) héroïque. 4) Elle finit par payer beaucoup plus cher : son ignorance.

Ex. 2. a) fragile / héroïque / dernier rempart (au choix). b) « Et si c’était l’inverse ? » c) « Nous nous croyons mieux informés… » / « Le choix nous appartient » d) « ne nous y trompons pas ».

Ex. 3. 1 → C ; 2 → A ; 3 → B. Exemples possibles : ethos = la posture de lucidité de l’énonciateur (ne nous y trompons pas) ; pathos = « presque héroïque » / « son ignorance » (émotion, inquiétude) ; logos = « celui qui paie choisit » (raisonnement de cause à effet).

Ex. 4. Réponse ouverte. Exemple : « Fait rare et courageux, quelques journaux refusent la publicité et ne vivent que du soutien de leurs lecteurs — n’est-ce pas là le dernier espace de liberté ? » (adjectif évaluatif + question rhétorique).

4. Produire Link to heading

Tâche d’écriture (E, ≈ 350 mots) — commentaire analytique.

Rédigez le commentaire de l’éditorial du texte B en quatre paragraphes :

  1. Introduction : présentez le genre, le thème et la thèse de l’auteur.
  2. Analyse de la construction : montrez comment l’auteur passe du constat (gratuité) à l’appel final.
  3. Analyse rhétorique : commentez trois procédés (ex. question rhétorique, gradation, « nous » inclusif) et leur effet.
  4. Prise de position : donnez votre avis nuancé, avec un contre-argument.

Critères d’évaluation

  • Compréhension juste de la thèse et de l’organisation du texte.
  • Au moins trois procédés nommés, illustrés d’une citation et interprétés.
  • Vocabulaire de l’analyse employé correctement (énonciateur, modalisation, procédé…).
  • Position personnelle argumentée et nuancée (un contre-argument).
  • Langue : richesse lexicale, connecteurs, correction morphosyntaxique (niveau E).

5. Réfléchir Link to heading

  • Je distingue un éditorial d’un article d’information.
  • Je repère au moins quatre marques de subjectivité dans un texte.
  • Je nomme et j’illustre ethos, pathos et logos.
  • Je rédige un commentaire analytique structuré (≈ 350 mots).
  • Je sais présenter le rôle de la presse engagée dans une démocratie.

Évaluation Link to heading

Épreuve (Niveau E) — durée indicative 60 min · 30 points

Support : l’éditorial du texte B (ou un éditorial original équivalent fourni par l’enseignant·e).

Tâche 1 — Compréhension écrite (10 pts). Répondez à quatre questions : thèse de l’auteur, structure argumentative, sens de la chute, tonalité générale. (4 × 2,5)

Tâche 2 — Analyse rhétorique et expression écrite (20 pts). Rédigez un commentaire analytique (≈ 350 mots) : analyse de trois procédés rhétoriques et de leur effet (12 pts) + prise de position nuancée avec contre-argument (5 pts) + correction de la langue (3 pts).

Barème récapitulatif

TâcheCompétencePoints
1Compréhension écrite10
2Analyse + expression écrite20
Total30

Notes pour l’enseignant·e Link to heading

Déroulé (45 min) : Activer 5’ · Apporter 13’ (vocabulaire + point de langue + lecture du texte B + repère culturel) · S’entraîner 13’ (Ex. 1–4, correction rapide) · Produire 10’ (lancement + plan du commentaire, achèvement en devoir) · Réfléchir 2’ · Aperçu de l’évaluation 2'.

Organisation : lecture du texte B à voix haute puis relecture silencieuse ; travail des Ex. 2–3 en binômes ; mise en commun au tableau (colonnes ethos / pathos / logos).

Différenciation : voir l’encadré du § 3. Pour le groupe G, fournir une banque de connecteurs et un plan de commentaire à trous ; pour le groupe E, exiger une nuance dans la prise de position et un contre-argument développé.

Précautions : ne reproduire aucun article sous droits ; tous les textes de l’unité sont originaux. Le repère culturel se limite à des faits vérifiables paraphrasés d’une source CC BY-SA. La plateforme n’est affiliée à aucun titre de presse cité.

Sources Link to heading

Téléchargements

Écouter

Le vocabulaire, les dialogues et les textes de cette unité en audio, dits par une voix native. Le texte parlé figure en dessous.

Vocabulaire 1
Afficher le texte

un éditorial · une tribune (libre) · la ligne éditoriale · l'énonciateur · la modalisation · un procédé rhétorique · une question rhétorique · une gradation · le nous inclusif · étayer / réfuter

Dialogue 1
Afficher le texte

Qui paiera pour vous informer ?
Chaque matin, des millions de titres défilent sur nos écrans : gratuits, infinis, immédiats. Nous nous croyons mieux informés que jamais. Et si c'était l'inverse ?
Car cette gratuité n'existe pas. Quand l'information ne coûte rien au lecteur, c'est qu'elle est payée par quelqu'un d'autre : l'annonceur, l'actionnaire, l'algorithme. Or celui qui paie choisit. Il choisit les sujets qui rapportent, écarte ceux qui dérangent, et transforme le citoyen en simple cible publicitaire.
Face à cette logique, une presse indépendante subsiste, portée par ses seuls lecteurs. Elle enquête lentement, vérifie, dérange. Elle refuse la publicité et les grands groupes. Son modèle est fragile, exigeant, presque héroïque. Mais il reste le dernier rempart d'une démocratie qui a besoin de doutes plus que de certitudes.
Alors ne nous y trompons pas : s'informer librement a un prix. Ce prix, ce n'est pas seulement quelques euros par mois. C'est le refus du confort, l'effort de lire, la volonté de comprendre. Une société qui ne veut plus payer pour son information finit par payer bien plus cher : son ignorance.
Le choix nous appartient. Et il commence aujourd'hui.