Unité 1 — Introduire : *L'Étranger* (Camus)
Parcours E (lycée) · classe 12 · Niveau E
Remarque sur les droits. L’Étranger d’Albert Camus (mort en 1960) n’est pas dans le domaine public. Cette unité ne reproduit donc aucun extrait du roman. Nous présentons la vie de Camus, le sujet du roman et la notion d’absurde de façon factuelle et reformulée (sources citées), et nous apprenons l’analyse d’incipit sur un texte original écrit pour cette unité.
Objectifs Link to heading
- Je peux situer Albert Camus (dates, œuvres, prix Nobel) et expliquer avec mes mots ce qu’est l’absurde.
- Je peux définir un incipit et nommer ses fonctions (informer, intriguer, donner un ton).
- Je peux repérer les procédés d’un incipit : point de vue, temps du récit, longueur des phrases, ton.
- Je peux rédiger une courte étude d’incipit (~300 mots) structurée et argumentée.
- Je peux relire et améliorer mon texte à l’aide d’une grille de critères.
Situation de départ Link to heading
Scène — la première page. (dialogue original)
En classe de 12e, M. Berger pose un livre fermé sur la table.
— Berger : Aujourd’hui, on ne lit qu’une chose : la première page. Rien d’autre. — Léa : Une page entière pour une seule page ? — Berger : Oui. La première page décide tout : le narrateur, le ton, la question qu’on se pose. On appelle ça l’incipit. — Tom : Et si la première page ne raconte presque rien ? — Berger : Alors c’est déjà un choix. Un incipit peut cacher autant qu’il montre.
Questions d’activation :
- D’après vous, à quoi sert la première page d’un roman ?
- Quelles informations attendez-vous d’un incipit (lieu, personnages, époque… ) ?
- Un incipit qui « raconte presque rien » : est-ce un défaut ou une intention ?
1. Activer Link to heading
- Connaissez-vous le nom Albert Camus ? À quoi l’associez-vous ?
- Le mot absurde dans la langue courante : que signifie-t-il pour vous ?
- Quand vous ouvrez un roman, quelle phrase vous donne envie de continuer ? Pourquoi ?
2. Apporter Link to heading
A. Vocabulaire de l’analyse littéraire Link to heading
| Français | Deutsch | Exemple d’emploi |
|---|---|---|
| un incipit | der Romananfang, das Incipit | L’incipit installe le narrateur. |
| le narrateur / la narratrice | der Erzähler / die Erzählerin | Le narrateur parle à la 1ʳᵉ personne. |
| le point de vue (la focalisation) | die Erzählperspektive | Le point de vue est interne. |
| le récit | die Erzählung | Le récit commence en pleine action. |
| in medias res | mitten in die Handlung | L’histoire débute in medias res. |
| le ton | der Ton, die Stimmung | Le ton reste neutre, distant. |
| la distance affective | die emotionale Distanz | La distance affective surprend le lecteur. |
| l’absurde (m.) | das Absurde | Camus explore l’absurde. |
| indifférent·e | gleichgültig | Le personnage semble indifférent. |
B. Point de langue — les temps du récit Link to heading
Passé composé et imparfait dans un récit au passé
- Passé composé → actions de premier plan, faits ponctuels qui font avancer l’histoire. Le train est arrivé. J’ai posé ma valise.
- Imparfait → arrière-plan : décor, description, habitude, état. Il pleuvait. Les mots restaient plats.
Dans un incipit, un narrateur qui emploie surtout le passé composé en phrases courtes crée un effet sec et rapide ; l’imparfait, lui, ralentit et installe une atmosphère.
C. Texte d’appui — un incipit original (écrit pour cette unité) Link to heading
Le train est arrivé à sept heures. Il pleuvait, ou peut-être non ; je ne regardais pas la fenêtre. La lettre disait : « Poste vacant. Présentez-vous lundi. Cordialement. » Je l’ai relue deux fois. Les mots restaient plats. J’ai posé ma valise sur le quai et j’ai attendu que quelqu’un me reconnaisse. Personne n’est venu. Alors j’ai marché vers la sortie, sans savoir encore où j’allais dormir.
Ce texte est inventé : il sert seulement de terrain d’entraînement. Il imite des procédés que l’on étudie en analyse d’incipit (narrateur à la 1ʳᵉ personne, phrases courtes, ton neutre, détail administratif), sans reproduire aucune œuvre existante.
D. Note culturelle — Albert Camus et l’absurde (reformulé, sources citées) Link to heading
D’après l’encyclopédie libre Wikipédia (CC BY-SA), Albert Camus naît en 1913 à Mondovi, en Algérie alors française, et meurt en 1960 dans un accident de voiture. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1957. Son roman L’Étranger paraît en 1942 et devient l’une des œuvres françaises les plus lues du XXᵉ siècle.
Camus rattache L’Étranger à ce que les commentateurs appellent son « cycle de l’absurde », qu’on associe aussi à l’essai Le Mythe de Sisyphe (1942) et à la pièce Caligula. L’absurde, chez Camus, ne désigne pas simplement « ce qui est ridicule » : c’est le décalage entre le besoin humain de sens et un monde qui reste silencieux face à cette attente. Le roman met en scène un personnage souvent décrit comme détaché, qui réagit aux événements avec une étrange indifférence — d’où le titre.
(Nous ne citons pas le texte du roman, protégé par le droit d’auteur ; ces informations sont reformulées à partir des articles indiqués dans les Sources.)
3. S’entraîner Link to heading
Travaillez sur le texte d’appui C (l’incipit original).
Ex. 1 — Compréhension (repérer). a) À quelle personne le narrateur raconte-t-il ? b) Quel document est cité dans l’incipit, et que dit-il ? c) Comment l’histoire commence-t-elle : avant l’action, ou en pleine action ?
Ex. 2 — Les temps. Relevez deux verbes au passé composé et deux verbes à l’imparfait. Quel effet produit ce mélange ?
Ex. 3 — Le ton (analyser). Relevez deux indices qui montrent une distance affective (le narrateur reste neutre / peu ému). Justifiez.
Ex. 4 — Reformuler (produire une phrase). Complétez en une phrase : « Dans cet incipit, le lecteur ne sait pas encore ___, mais il comprend déjà ___. »
Différenciation.
- G (base) : faites Ex. 1 et Ex. 2 ; pour Ex. 3, un seul indice suffit.
- M (moyen) : les 4 exercices ; en Ex. 3, expliquez chaque indice en une phrase.
- E (approfondi) : ajoutez une phrase comparant le ton de ce texte à ce que vous savez du personnage détaché de L’Étranger (sans le citer).
Solutions Link to heading
Ex. 1. a) À la 1ʳᵉ personne (je). b) Une lettre : « Poste vacant. Présentez-vous lundi. Cordialement. » c) In medias res, en pleine action (le train est déjà arrivé).
Ex. 2. Passé composé : est arrivé, ai relue, ai posé, ai attendu, ai marché (deux au choix). Imparfait : pleuvait, regardais, disait, restaient, allais (deux au choix). Effet : le passé composé, en phrases courtes, donne un rythme sec et rapide ; l’imparfait installe un décor gris et neutre. Le contraste renforce la froideur du récit.
Ex. 3. Indices possibles : « ou peut-être non ; je ne regardais pas la fenêtre » (le narrateur ne s’intéresse pas au décor) ; « Les mots restaient plats » (aucune émotion devant la nouvelle) ; « sans savoir encore où j’allais dormir » (dit sans inquiétude). Chaque indice montre un narrateur détaché, qui rapporte les faits sans les commenter affectivement.
Ex. 4. Réponse ouverte, p. ex. : « Dans cet incipit, le lecteur ne sait pas encore qui attend le narrateur ni pourquoi il vient, mais il comprend déjà que ce personnage traverse les événements sans émotion. »
4. Produire Link to heading
Tâche d’écriture (Niveau E, ~300 mots) — étude d’incipit.
À partir du texte d’appui C, rédigez une courte étude d’incipit en trois paragraphes :
- Situation : qui parle, où, quand, comment l’histoire commence (in medias res).
- Procédés : point de vue, temps du récit, longueur des phrases, ton (appuyez-vous sur des mots précis du texte).
- Effet / interprétation : quelle impression le lecteur retient-il ? Quelle question l’incipit ouvre-t-il ?
Vous pouvez, en une phrase, relier cette technique à ce que vous avez appris sur Camus et l’absurde — sans citer le roman.
Critères d’évaluation (20 points)
- Structure en 3 paragraphes claire — 4 pts
- Vocabulaire d’analyse employé correctement (incipit, narrateur, ton…) — 5 pts
- Appui précis sur le texte (mots relevés, temps identifiés) — 5 pts
- Interprétation personnelle cohérente — 3 pts
- Langue (temps du passé, orthographe, syntaxe) — 3 pts
5. Réfléchir Link to heading
- Je peux dire qui était Camus et expliquer l’absurde avec mes mots.
- Je peux définir un incipit et citer ses fonctions.
- Je peux repérer point de vue, temps et ton dans un incipit.
- Je distingue passé composé (premier plan) et imparfait (arrière-plan).
- J’ai rédigé une étude structurée d’environ 300 mots.
Évaluation Link to heading
Épreuve alignée sur les compétences visées : compréhension écrite + expression écrite.
Texte de l’épreuve — incipit original (à ne pas confondre avec une œuvre publiée) :
La sonnerie de l’usine a couvert sa voix. Marc a levé la main, puis l’a laissée retomber. « De toute façon, avait-elle écrit, ne réponds pas. » Il n’a pas répondu. Dehors, le ciel avait la couleur du béton. Il a compté ses pas jusqu’au portail : quarante-deux, comme la veille.
Tâche 1 — Compréhension écrite (« Leseverstehen ») — 12 pts a) Qui est le personnage et où se trouve-t-il ? (3 pts) b) Relevez la citation d’un message écrit dans le texte. (2 pts) c) Le récit commence-t-il in medias res ? Justifiez. (3 pts) d) Relevez un indice de distance affective. (2 pts) e) Repérez un verbe au passé composé et un verbe à l’imparfait. (2 pts)
Tâche 2 — Expression écrite (« Schreiben ») — 18 pts Rédigez une étude d’incipit (~300 mots, 3 paragraphes : situation / procédés / effet) sur ce texte. Employez au moins cinq termes d’analyse et appuyez-vous sur des mots précis du texte.
Barème total : 30 points.
| Niveau | Points |
|---|---|
| Compréhension écrite | 12 |
| Expression écrite | 18 |
| Total | 30 |
Notes pour l’enseignant·e Link to heading
Déroulé (45 min) : Activer 5’ · Apporter 13’ · S’entraîner 12’ · Produire 11’ · Réfléchir 2’ · Aperçu de l’évaluation 2'.
Organisation. Situation de départ lue à deux voix (deux élèves). Apporter : projeter la fiche vocabulaire et le point de langue ; distribuer le texte C. S’entraîner : Ex. 1–2 en binômes, Ex. 3–4 en individuel, correction au tableau avec la section Solutions.
Différenciation. G : se limiter à Ex. 1–2 et à la moitié de la tâche de production (paragraphes 1–2). M : parcours complet. E : ajouter la comparaison avec l’absurde camusien et viser 350 mots.
Rappel « droits ». Ne distribuez aucun extrait de L’Étranger. Pour montrer le roman, renvoyez à une notice de bibliothèque ou à l’éditeur, sans photocopier le texte. Toute analyse se fait sur les incipits originaux fournis ici.
Posture de non-affiliation. Cette unité n’est ni affiliée à, ni approuvée par les ayants droit de Camus ou son éditeur ; les liens externes sont donnés à titre documentaire.
Sources Link to heading
- Albert Camus — Wikipédia, l’encyclopédie libre (consulté en 2026), https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Camus, licence CC BY-SA 4.0.
- L’Étranger (roman) — Wikipédia, l’encyclopédie libre (consulté en 2026), https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89tranger, licence CC BY-SA 4.0.
- Le Mythe de Sisyphe — Wikipédia, l’encyclopédie libre (consulté en 2026), https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Mythe_de_Sisyphe, licence CC BY-SA 4.0.
- Absurde (philosophie) — Wikipédia, l’encyclopédie libre (consulté en 2026), https://fr.wikipedia.org/wiki/Absurde, licence CC BY-SA 4.0.
- Textes d’appui (incipits) : originaux, rédigés pour cette unité (2026).
Téléchargements
Écouter
Le vocabulaire, les dialogues et les textes de cette unité en audio, dits par une voix native. Le texte parlé figure en dessous.
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Remarque sur les droits. L'Étranger d'Albert Camus (mort en 1960) n'est pas dans le domaine public. Cette unité ne reproduit donc aucun extrait du roman. Nous présentons la vie de Camus, le sujet du roman et la notion d'absurde de façon factuelle et reformulée (sources citées), et nous apprenons l'analyse d'incipit sur un texte original écrit pour cette unité.
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un incipit · le narrateur / la narratrice · le point de vue (la focalisation) · le récit · in medias res · le ton · la distance affective · l'absurde (m.) · indifférent·e
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Le train est arrivé à sept heures. Il pleuvait, ou peut-être non ; je ne regardais pas la fenêtre. La lettre disait : Poste vacant. Présentez-vous lundi. Cordialement. Je l'ai relue deux fois. Les mots restaient plats. J'ai posé ma valise sur le quai et j'ai attendu que quelqu'un me reconnaisse. Personne n'est venu. Alors j'ai marché vers la sortie, sans savoir encore où j'allais dormir.
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La sonnerie de l'usine a couvert sa voix. Marc a levé la main, puis l'a laissée retomber. De toute façon, avait-elle écrit, ne réponds pas. Il n'a pas répondu. Dehors, le ciel avait la couleur du béton. Il a compté ses pas jusqu'au portail : quarante-deux, comme la veille.

