Unité 6 — Étude de roman complet (extraits)

Parcours E (lycée) · classe 12 · Niveau E

Modèle : Activer → Apporter → S’entraîner → Produire → Réfléchir · Niveau : E

Objectifs Link to heading

  • Je peux repérer les éléments constitutifs d’un roman (incipit, intrigue, personnages, cadre) dans un extrait.
  • Je peux identifier le point de vue narratif (focalisation zéro, interne, externe) et le justifier par des indices textuels.
  • Je peux reconstituer le schéma narratif d’un récit (situation initiale, élément perturbateur, péripéties, dénouement).
  • Je peux rédiger une analyse littéraire structurée (~350–400 mots) qui articule une thèse et des exemples cités.
  • Je peux discuter un roman contemporain par référence, sans en reproduire le texte protégé.

Situation de départ Link to heading

Dans la salle 214, avant l’épreuve blanche.

Léa : Je bloque sur la fiche d’analyse. « Étudier un roman », d’accord, mais on commence par quoi ?

Sofiane : Par une méthode. On ne lit pas un roman comme un article : il faut observer qui raconte, d’où l’on voit la scène et comment l’histoire avance.

Léa : Donc trois questions : le narrateur, le point de vue, la structure ?

Sofiane : Exactement. Et on s’entraîne sur des textes libres de droits — comme Maupassant — avant d’appliquer la méthode au roman qu’on a lu en classe.

Questions d’activation :

  1. Quelles sont les trois questions de méthode évoquées par Sofiane ?
  2. Pourquoi vaut-il mieux s’entraîner sur des textes du domaine public ?
  3. Selon vous, qu’est-ce qui distingue la lecture d’un roman de celle d’un article ?

1. Activer Link to heading

  • Citez trois genres de roman que vous connaissez (roman policier, roman d’apprentissage, roman épistolaire…).
  • Dans un roman, qui parle : l’auteur ou le narrateur ? Justifiez la différence.
  • Qu’appelle-t-on l’incipit d’un roman ? À quoi sert-il ?
  • Reconstituez de mémoire l’ordre des étapes : péripéties · situation initiale · dénouement · élément perturbateur.

2. Apporter Link to heading

A. Vocabulaire de l’analyse romanesque Link to heading

FrançaisDéfinition brèveDeutsch
l’incipit (m.)le début du roman, ses premières lignesder Romananfang
le narrateurl’instance qui raconte l’histoire (≠ l’auteur)der Erzähler
la focalisationle point de vue depuis lequel on perçoit l’histoiredie Fokalisierung
le schéma narratifl’enchaînement des étapes du récitdas Erzählschema
l’élément perturbateurl’événement qui rompt l’équilibre initialdas auslösende Ereignis
l’intrigue (f.)l’ensemble des faits noués par l’actiondie Handlung
le protagonistele personnage principaldie Hauptfigur
le champ lexicall’ensemble des mots liés à un même thèmedas Wortfeld
la tonalitél’atmosphère créée (tragique, ironique…)die Tonalität
le dénouementla résolution finale de l’intriguedie Auflösung

B. Point de langue — les temps du récit Link to heading

Le passé simple et l’imparfait dans le récit littéraire

  • Le passé simple exprime les actions de premier plan, ponctuelles, qui font avancer l’histoire : il sortit, elle répondit, ils partirent.
  • L’imparfait installe l’arrière-plan : décor, habitudes, descriptions, actions en cours : la rue était déserte, il pleuvait, on entendait un piano.
  • Pour analyser un roman, on emploie au contraire le présent (dit présent de narration ou d’analyse) : Le narrateur adopte un point de vue interne et révèle les pensées du héros.

Règle utile : quand vous commentez un texte, restez au présent ; quand vous résumez l’intrigue, le présent est aussi la norme en analyse littéraire française.

C. Texte d’appui — un incipit du domaine public Link to heading

Quand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous, Georges Duroy sortit du restaurant.

— Guy de Maupassant, Bel-Ami (1885), domaine public

Et voici un exemple original (rédigé pour ce cours) à comparer :

La pluie tambourinait contre les vitres. Camille relisait la lettre pour la troisième fois ; les mots ne changeaient pas, mais chaque lecture les rendait plus lourds. Elle songeait qu’un seul nom, en bas de la page, allait décider de tout l’été. Puis on frappa à la porte.

Observez : l’exemple original mêle imparfait (arrière-plan : tambourinait, relisait, songeait) et passé simple (rupture : on frappa). Cette dernière phrase joue le rôle d’élément perturbateur.

D. Note culturelle — la focalisation (Genette) Link to heading

Le théoricien Gérard Genette a proposé de distinguer trois focalisations. En focalisation zéro, le narrateur en sait plus que les personnages (point de vue « omniscient »). En focalisation interne, le récit épouse le regard et les pensées d’un seul personnage. En focalisation externe, le narrateur se limite à ce qui est visible, comme une caméra, sans accéder aux pensées. Cette typologie, issue de la narratologie, est aujourd’hui un outil de base pour analyser le point de vue dans un roman.

Paraphrasé d’après l’article « Focalisation » de Wikipédia (CC BY-SA) — voir Sources.

Astuce Niveau E : pour identifier la focalisation, repérez les verbes de perception et de pensée (il crut, elle sentit, on ignorait). S’ils sont attachés à un seul personnage, la focalisation est probablement interne.

3. S’entraîner Link to heading

Exercice 1 — Compréhension écrite (texte C). Répondez en français par des phrases complètes.

  1. Quel temps domine dans les trois premières phrases de l’exemple original, et quel effet produit-il ?
  2. Quelle phrase constitue l’élément perturbateur ? Justifiez.
  3. La focalisation de l’exemple original est-elle plutôt interne ou externe ? Relevez un indice.
  4. Dans l’incipit de Maupassant, quel détail concret ancre d’emblée le personnage dans un milieu social ?

Exercice 2 — Vocabulaire. Complétez avec un terme du tableau A : incipit · focalisation · dénouement · protagoniste · intrigue.

a) L’ensemble des faits noués par l’action forme l’____. b) Le personnage principal est le ____. c) Les premières lignes d’un roman constituent l’____. d) La résolution finale s’appelle le ____. e) Le point de vue adopté par le récit relève de la ____.

Exercice 3 — Schéma narratif. Remettez dans l’ordre ces étapes d’un récit inventé, puis nommez chaque étape :

  • (α) Camille retrouve enfin la sérénité, décision prise.
  • (β) Une lettre inattendue bouleverse ses projets d’été.
  • (γ) Camille passe des journées calmes et prévisibles.
  • (δ) Elle hésite, consulte ses proches, change deux fois d’avis.

Exercice 4 — Grammaire (temps du récit). Mettez le verbe entre parenthèses au passé simple ou à l’imparfait, selon qu’il s’agit du premier plan ou de l’arrière-plan.

a) La nuit (tomber) ____ lentement sur le port. (arrière-plan) b) Soudain, un homme (surgir) ____ de l’ombre. (premier plan) c) Les passants (marcher) ____ sans se presser. (arrière-plan) d) Elle (ouvrir) ____ la porte et (comprendre) ____ tout. (premier plan)

Différenciation. (G) Faites les exercices 1 (questions 1–2) et 2 uniquement, avec le tableau sous les yeux. (M) Faites les exercices 1 à 3. (E) Faites l’ensemble ; pour l’exercice 1, rédigez chaque réponse en deux phrases minimum et citez le texte entre guillemets.

Solutions Link to heading

Exercice 1.

  1. L’imparfait domine (tambourinait, relisait, songeait) ; il installe une atmosphère d’attente et un arrière-plan statique.
  2. « Puis on frappa à la porte. » — Le passage au passé simple marque une rupture soudaine : c’est l’élément perturbateur.
  3. Plutôt interne : on accède aux pensées de Camille (elle songeait que…), indice d’un point de vue attaché à un seul personnage.
  4. La « pièce de cent sous » (la monnaie rendue) situe d’emblée Duroy dans une réalité matérielle et modeste.

Exercice 2. a) intrigue · b) protagoniste · c) incipit · d) dénouement · e) focalisation.

Exercice 3. Ordre : γ → β → δ → α. γ = situation initiale · β = élément perturbateur · δ = péripéties · α = dénouement.

Exercice 4. a) tombait · b) surgit · c) marchaient · d) ouvrit / comprit.

4. Produire Link to heading

Tâche d’écriture (Niveau E, ~350–400 mots) — analyse littéraire.

À partir de l’exemple original du texte C (ou d’un incipit du domaine public de votre choix : Maupassant, Flaubert, Zola…), rédigez une analyse structurée :

  1. une introduction qui présente l’extrait et annonce une thèse (ce que crée l’incipit) ;
  2. un paragraphe sur le point de vue et les temps (focalisation, imparfait/passé simple) ;
  3. un paragraphe sur la mise en place de l’intrigue (attente, élément perturbateur) ;
  4. une conclusion qui répond à la thèse.

Vous pouvez mentionner par référence un roman contemporain lu en classe (auteur, titre, idée), mais sans en citer le texte (droits d’auteur).

Critères d’évaluation (20 points)

  • Contenu / méthode (8 pts) : thèse claire, focalisation et schéma narratif correctement identifiés.
  • Exemples cités (4 pts) : au moins 3 citations courtes, entre guillemets, bien intégrées.
  • Langue (5 pts) : présent d’analyse, correction grammaticale, richesse lexicale.
  • Structure (3 pts) : introduction, paragraphes liés par des connecteurs, conclusion.

5. Réfléchir Link to heading

  • Je distingue l’auteur du narrateur.
  • Je nomme les trois focalisations et je les justifie par des indices.
  • Je reconstitue un schéma narratif complet.
  • J’emploie correctement passé simple et imparfait dans un récit, et le présent dans une analyse.
  • Je rédige une analyse de ~350 mots avec thèse, exemples cités et conclusion.
  • Je sais discuter un roman protégé par référence, sans le recopier.

Évaluation Link to heading

Épreuve — compréhension écrite + expression écrite (30 points)

Partie A — Compréhension écrite / Leseverstehen (12 pts). On donne un court extrait du domaine public (par ex. l’incipit de Bel-Ami, Maupassant, 1885).

  1. Identifiez la focalisation dominante et justifiez par un indice. (4 pts)
  2. Relevez deux verbes au passé simple et deux à l’imparfait, en précisant leur rôle (premier plan / arrière-plan). (4 pts)
  3. Quel milieu social ou quelle atmosphère l’incipit installe-t-il ? Citez le texte. (4 pts)

Partie B — Expression écrite / Schreiben (18 pts). Rédigez une analyse de l’extrait (~300 mots) : point de vue, temps du récit, effet produit sur le lecteur, et une référence à un roman contemporain (sans citation).

Barème détaillé (18 pts) : méthode et pertinence 7 · citations intégrées 3 · langue 5 · structure 3.

Total : 30 points.

Notes pour l’enseignant·e Link to heading

Durée : 45 minutes.

  • Activer (5 min) : oral collectif, questions de la Situation de départ et section 1.
  • Apporter (13 min) : vocabulaire (A) au tableau, point de langue (B) en 4 min, lecture comparée des deux textes (C), note culturelle (D) en synthèse.
  • S’entraîner (13 min) : travail individuel puis correction avec la section Solutions ; appliquer la Différenciation G/M/E.
  • Produire (10 min) : lancement de l’analyse écrite ; à terminer en devoir si nécessaire.
  • Réfléchir (2 min) : cocher la checklist.
  • Aperçu (2 min) : annoncer l’épreuve.

Organisation : prévoir un exemplaire papier de l’incipit du domaine public (Partie A de l’évaluation). Rappeler la consigne de droit d’auteur : on cite librement les textes d’avant 1929 / auteurs morts depuis plus de 70 ans, mais les romans contemporains se discutent par référence.

Différenciation : groupe G — étayage lexical constant, réponses courtes ; M — schéma narratif complet ; E — citations obligatoires, thèse argumentée, référence contemporaine attendue.

Posture : cette unité n’est affiliée à aucun éditeur ni ayant droit ; tous les textes sont soit originaux, soit du domaine public.

Sources Link to heading

Téléchargements

Écouter

Le vocabulaire, les dialogues et les textes de cette unité en audio, dits par une voix native. Le texte parlé figure en dessous.

Vocabulaire 1
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l'incipit (m.) · le narrateur · la focalisation · le schéma narratif · l'élément perturbateur · l'intrigue (f.) · le protagoniste · le champ lexical · la tonalité · le dénouement

Texte 1
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Quand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous, Georges Duroy sortit du restaurant.
— Guy de Maupassant, Bel-Ami (1885), domaine public

Texte 2
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La pluie tambourinait contre les vitres. Camille relisait la lettre pour la troisième fois ; les mots ne changeaient pas, mais chaque lecture les rendait plus lourds. Elle songeait qu'un seul nom, en bas de la page, allait décider de tout l'été. Puis on frappa à la porte.