Unité 9 — Histoire et mémoire (Vichy, Algérie)
Parcours E (lycée) · classe 11 · Niveau E
Objectifs Link to heading
- Je peux situer dans le temps deux passés sensibles de l’histoire française : Vichy (1940-1944) et la guerre d’Algérie (1954-1962).
- Je peux distinguer l’histoire (les faits établis) de la mémoire (la perception sociale et la reconnaissance officielle).
- Je peux comprendre un texte documentaire et en extraire les informations essentielles (dates, chiffres, acteurs).
- Je peux employer la voix passive pour rédiger un récit historique neutre et précis.
- Je peux rédiger une note historique structurée d’environ 300 mots, factuelle et respectueuse.
Situation de départ Link to heading
Salle de classe, cours d’histoire. Léa, Karim et M. Rousseau regardent une photographie du Mémorial de la Shoah.
M. Rousseau : — Sur ce mur, on lit des dizaines de milliers de noms. Que vous inspire ce lieu ?
Léa : — C’est étrange. On sait que ces événements ont eu lieu, mais on a l’impression que le pays a mis très longtemps à en parler.
Karim : — Mon grand-père me racontait la guerre d’Algérie. À l’école, on n’en parlait presque pas. Pourquoi ce silence ?
M. Rousseau : — Bonne question. Les faits, c’est l’histoire. La manière dont une société choisit de s’en souvenir — ou de les oublier —, c’est la mémoire. Les deux ne vont pas toujours au même rythme.
Questions d’activation :
- Pourquoi, selon vous, un pays peut-il tarder à reconnaître certains événements ?
- Connaissez-vous d’autres exemples de « silence » puis de reconnaissance officielle ?
- À votre avis, quelle est la différence entre se souvenir et reconnaître ?
1. Activer Link to heading
- Que savez-vous déjà du régime de Vichy (1940-1944) ?
- Quand a eu lieu la guerre d’Algérie ? Quel pays a obtenu son indépendance ?
- Associez chaque mot à une définition : fait, témoignage, reconnaissance, commémoration.
- En allemand, on parle d’Erinnerungskultur (« culture de la mémoire »). Existe-t-il un équivalent en France ? Comment se manifeste-t-il ?
2. Apporter Link to heading
A. Vocabulaire Link to heading
| Français | Précision / exemple | Allemand |
|---|---|---|
| une rafle | arrestation massive et organisée | die Razzia |
| la déportation | transfert forcé vers des camps | die Deportation |
| l’Occupation (f.) | présence allemande 1940-1944 | die Besatzung |
| la collaboration | coopération avec l’occupant | die Kollaboration |
| un passé sensible | passé difficile à assumer | eine heikle Vergangenheit |
| la mémoire | souvenir collectif d’une société | das Gedächtnis / die Erinnerung |
| la reconnaissance | admission officielle d’un fait | die Anerkennung |
| une commémoration | cérémonie du souvenir | die Gedenkfeier |
| imprescriptible | qui ne s’efface pas avec le temps | unverjährbar |
| occulté·e | passé sous silence | verschwiegen |
B. Grammaire — la voix passive Link to heading
La voix passive (das Passiv) met en avant l’action et la victime plutôt que l’auteur. Elle est fréquente dans les textes historiques.
Construction : sujet + être (au temps voulu) + participe passé (accordé) + par + complément d’agent (facultatif).
- Actif : La police française arrête 13 000 personnes.
- Passif : 13 000 personnes sont arrêtées par la police française.
Autres temps :
- Passé composé : Le massacre a été longtemps occulté.
- Imparfait : Ces faits étaient rarement évoqués à l’école.
Le complément d’agent (par…) peut être omis quand l’auteur est inconnu ou évident : Les victimes furent déportées vers l’Est.
C. Texte documentaire (texte original, ~230 mots) Link to heading
Deux dates, deux silences
Le 16 juillet 1942, en plein cœur de Paris, une rafle de grande ampleur est organisée par la police française sur ordre de l’occupant allemand. Des milliers de personnes juives, dont de nombreux enfants, sont arrêtées, puis rassemblées avant d’être déportées. Très peu reviendront. Pendant longtemps, cet épisode reste occulté : le pays préfère se raconter comme une nation unie dans la Résistance.
Vingt ans plus tard, un autre silence s’installe. Le 17 octobre 1961, à Paris, une manifestation pacifique d’Algériens est violemment réprimée. Le bilan exact restera longtemps incertain, car les faits sont dissimulés. La guerre d’Algérie (1954-1962) s’achève quelques mois après, avec les Accords d’Évian de mars 1962 et l’indépendance de l’Algérie.
Dans les deux cas, il faudra des décennies pour que l’histoire — le travail des archives et des historiens — rejoigne la mémoire — ce que la société accepte de regarder en face. Reconnaître un passé difficile ne signifie pas s’accuser sans fin : c’est transmettre les faits avec exactitude, pour que les générations suivantes comprennent, et n’oublient pas.
D. Note culturelle Link to heading
La reconnaissance officielle. Le 16 juillet 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vélodrome d’Hiver, le président de la République reconnaît publiquement la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs — une première depuis 1945. Concernant la guerre d’Algérie, plusieurs déclarations officielles (notamment en 2012, 2018 et 2021) reconnaissent à leur tour la répression du 17 octobre 1961 et le recours à la torture. Ces gestes illustrent ce que les historiens appellent une politique mémorielle : le passage d’un souvenir occulté à une reconnaissance assumée.
Faits paraphrasés d’après « Rafle du Vélodrome d’Hiver » et « Guerre d’Algérie », Wikipédia en français (CC BY-SA).
3. S’entraîner Link to heading
Ex. 1 — Compréhension écrite (texte C).
- Quelle est la date de la rafle du Vélodrome d’Hiver ?
- Qui organise cette rafle, et sur ordre de qui ?
- Que s’est-il passé le 17 octobre 1961, à Paris ?
- Quand se termine la guerre d’Algérie, et par quel accord ?
- Selon le texte, quelle est la différence entre histoire et mémoire ?
Ex. 2 — Histoire, mémoire ou politique mémorielle ? Classez chaque phrase dans la bonne catégorie.
- a) « Le 16 juillet 1942, une rafle est organisée à Paris. »
- b) « Dans ma famille, on n’a jamais voulu parler de cette période. »
- c) « En 1995, l’État reconnaît officiellement sa responsabilité. »
- d) « Une journée nationale de commémoration est instituée. »
Ex. 3 — La voix passive. Transformez les phrases actives à la voix passive.
- La police française arrête des milliers de personnes.
- L’État a longtemps occulté ces faits.
- Le pays commémore ces événements chaque année.
Ex. 4 — Reformulation. Reformulez avec vos propres mots (10 mots maximum) : « un passé imprescriptible ».
Différenciation Link to heading
- G (base) : Ex. 1 et Ex. 2 ; la voix passive est fournie comme modèle.
- M (intermédiaire) : Ex. 1 à 3 en autonomie.
- E (renforcé) : les quatre exercices, puis rédiger une phrase passive personnelle sur un fait historique de son choix.
Solutions Link to heading
Ex. 1. 1) Le 16 juillet 1942. 2) La police française, sur ordre de l’occupant allemand. 3) Une manifestation pacifique d’Algériens est violemment réprimée. 4) En mars 1962, avec les Accords d’Évian (suivis de l’indépendance de l’Algérie). 5) L’histoire = les faits établis par les archives et les historiens ; la mémoire = ce que la société accepte de regarder et de transmettre.
Ex. 2. a) histoire (fait daté) — b) mémoire (souvenir familial/social) — c) politique mémorielle (reconnaissance officielle) — d) politique mémorielle (commémoration instituée).
Ex. 3. 1) Des milliers de personnes sont arrêtées par la police française. 2) Ces faits ont été longtemps occultés par l’État. 3) Ces événements sont commémorés (par le pays) chaque année.
Ex. 4. Exemple : un passé que le temps n’efface pas.
4. Produire Link to heading
Tâche d’écriture (Niveau E, ~300 mots).
Rédigez une note historique claire et factuelle sur l’un des deux sujets suivants :
- soit le 17 octobre 1961 (répression d’une manifestation à Paris),
- soit les Accords d’Évian et la fin de la guerre d’Algérie (mars-juillet 1962).
Structure attendue :
- une introduction situant les faits (lieu, date, contexte) ;
- le déroulement des faits, avec au moins trois dates précises ;
- une reconnaissance officielle (avec l’année) ;
- un paragraphe final « histoire vs mémoire ».
Consignes de langue : employez au moins deux phrases à la voix passive ; adoptez un ton neutre et respectueux ; paraphrasez, ne recopiez aucun texte.
Critères d’évaluation Link to heading
| Critère | Indicateurs | Points |
|---|---|---|
| Contenu et exactitude | faits corrects, 3 dates, 1 reconnaissance | 5 |
| Structure | introduction, déroulement, conclusion mémorielle | 3 |
| Langue | voix passive (× 2), vocabulaire de l’unité | 4 |
| Correction et registre | grammaire, ton neutre et respectueux | 3 |
5. Réfléchir Link to heading
- Je peux situer Vichy et la guerre d’Algérie dans le temps.
- Je distingue clairement l’histoire de la mémoire.
- Je comprends un texte documentaire et j’en extrais dates et chiffres.
- Je forme correctement la voix passive à plusieurs temps.
- Je rédige une note historique de 300 mots, factuelle et respectueuse.
Évaluation Link to heading
Épreuve d’examen (compréhension écrite + expression écrite) — 30 points.
Tâche 1 — Compréhension écrite (10 points). À partir du texte C, répondez à cinq questions (identification des dates, des acteurs et de la distinction histoire / mémoire).
Tâche 2 — Point de langue (8 points). Transformez quatre phrases actives à la voix passive et classez quatre énoncés (histoire / mémoire / politique mémorielle).
Tâche 3 — Expression écrite (12 points). Rédigez une note historique (~300 mots) selon la consigne de la partie « Produire ».
Barème : Tâche 1 = 10 P. · Tâche 2 = 8 P. · Tâche 3 = 12 P. · Total = 30 P.
Notes pour l’enseignant·e Link to heading
- Durée : 45 min. Répartition indicative : Activer 5’ · Apporter 13’ · S’entraîner 13’ · Produire 10’ · Réfléchir 2’ · Bilan/aperçu 2'.
- Organisation : entrée par la Situation de départ (plénière, 5’), puis travail sur le texte C en binômes ; correction des exercices en plénière.
- Différenciation : voir l’encadré G/M/E de la partie 3. Pour le groupe E, proposer une recherche courte sur une plaque commémorative locale.
- Posture : sujets sensibles — rester factuel et respectueux, rappeler la distinction entre faits établis et interprétations. La plateforme est indépendante et sans affiliation institutionnelle.
- Pièges fréquents : « Vichy » désigne le régime (1940-1944), non la seule ville ; « imprescriptible » est un terme juridique (qui ne s’éteint pas avec le temps) ; le bilan du 17 octobre 1961 est resté longtemps incertain en raison de la dissimulation des faits.
Sources Link to heading
- Rafle du Vélodrome d’Hiver — Wikipédia (contributeurs), consulté en 2026, https://fr.wikipedia.org/wiki/Rafle_du_V%C3%A9lodrome_d%27Hiver, licence CC BY-SA 4.0.
- Guerre d’Algérie — Wikipédia (contributeurs), consulté en 2026, https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Alg%C3%A9rie, licence CC BY-SA 4.0.
- Manifestation du 17 octobre 1961 — Wikipédia (contributeurs), consulté en 2026, https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestation_du_17_octobre_1961, licence CC BY-SA 4.0.
- Accords d’Évian — Wikipédia (contributeurs), consulté en 2026, https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_d%27%C3%89vian, licence CC BY-SA 4.0.
- Mémorial de la Shoah — site officiel, https://www.memorialdelashoah.org/, consulté en 2026 (référence documentaire).
Tous les textes de cette unité sont des productions originales. Les faits historiques sont paraphrasés d’après des sources sous licence libre ; aucun texte protégé n’est reproduit.
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Le vocabulaire, les dialogues et les textes de cette unité en audio, dits par une voix native. Le texte parlé figure en dessous.
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Deux dates, deux silences
Le 16 juillet 1942, en plein cœur de Paris, une rafle de grande ampleur est organisée par la police française sur ordre de l'occupant allemand. Des milliers de personnes juives, dont de nombreux enfants, sont arrêtées, puis rassemblées avant d'être déportées. Très peu reviendront. Pendant longtemps, cet épisode reste occulté : le pays préfère se raconter comme une nation unie dans la Résistance.
Vingt ans plus tard, un autre silence s'installe. Le 17 octobre 1961, à Paris, une manifestation pacifique d'Algériens est violemment réprimée. Le bilan exact restera longtemps incertain, car les faits sont dissimulés. La guerre d'Algérie (1954-1962) s'achève quelques mois après, avec les Accords d'Évian de mars 1962 et l'indépendance de l'Algérie.
Dans les deux cas, il faudra des décennies pour que l'histoire — le travail des archives et des historiens — rejoigne la mémoire — ce que la société accepte de regarder en face. Reconnaître un passé difficile ne signifie pas s'accuser sans fin : c'est transmettre les faits avec exactitude, pour que les générations suivantes comprennent, et n'oublient pas.
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