Unité 2 — Francophonie postcoloniale
Parcours E (lycée) · classe 11 · Niveau E
Objectifs Link to heading
- Je peux comprendre un texte argumentatif sur la langue française comme héritage colonial et comme choix d’écriture.
- Je peux repérer et interpréter les mots-clés du champ postcolonial (colonisation, décolonisation, identité, représentation).
- Je peux analyser un document (carte, chiffre, citation d’une source ouverte) et en dégager le point de vue.
- Je peux mettre en relation langue, identité et pouvoir dans une prise de position écrite et nuancée.
- Je peux paraphraser une information issue d’une source libre et la citer correctement.
Situation de départ Link to heading
Dans le hall du lycée, une exposition affiche une grande carte : « Le français dans le monde ». Léa et Malik s’arrêtent devant.
Léa — Regarde, on parle français au Sénégal, au Maroc, en Haïti, au Québec… mais ces pays n’ont jamais été « la France ».
Malik — Justement. Pour beaucoup, le français est arrivé avec la colonisation. Ce n’est pas une langue « neutre ».
Léa — Alors pourquoi tant d’écrivaines et d’écrivains choisissent-ils d’écrire dans cette langue-là ?
Malik — Peut-être parce qu’une langue peut être à la fois un héritage imposé et un outil qu’on se réapproprie.
Questions d’activation :
- Selon Malik, pourquoi le français n’est-il pas une langue « neutre » dans ces pays ?
- Quelle question pose Léa à la fin ? Reformulez-la avec vos propres mots.
- Que veut dire « se réapproprier » une langue, à votre avis ?
1. Activer Link to heading
- Citez trois pays, hors d’Europe, où le français est langue officielle ou d’usage.
- Quelle différence faites-vous entre colonial et postcolonial ?
- « Une langue appartient à ceux qui la parlent. » Êtes-vous d’accord ? Justifiez en une phrase.
- Écrire dans la langue de l’ancien colonisateur : trahison, nécessité ou liberté ? Premier avis spontané.
2. Apporter Link to heading
A. Vocabulaire Link to heading
| Français | Explication (français simple) | Deutsch |
|---|---|---|
| la colonisation | la domination d’un territoire par une puissance étrangère | die Kolonisierung |
| la décolonisation | le processus d’accès à l’indépendance | die Entkolonialisierung |
| l’héritage (m.) | ce qui est transmis du passé | das Erbe |
| se réapproprier | reprendre pour soi, faire sien | sich (etw.) wieder aneignen |
| l’identité (f.) | ce qui définit une personne ou un groupe | die Identität |
| la représentation | la manière dont on montre ou décrit quelqu’un | die Darstellung |
| la francophonie | l’ensemble des personnes et pays de langue française | die Frankophonie |
| le métissage | le mélange de cultures ou d’origines | die (kulturelle) Vermischung |
| la langue maternelle | la première langue apprise | die Muttersprache |
| ambivalent·e | qui a deux valeurs opposées à la fois | ambivalent |
B. Point de langue — exprimer l’opposition et la concession Link to heading
Opposition (deux faits contraires) : mais, alors que, tandis que, en revanche. → Le français est une langue coloniale, en revanche il permet de toucher un large public.
Concession (on admet un fait, mais on maintient son idée) :
- bien que / quoique + subjonctif : Bien qu’il soit né au Maroc, il écrit en français.
- malgré + nom : Malgré son passé colonial, cette langue est réappropriée.
- pourtant, cependant, néanmoins (adverbes) : Cette langue fut imposée ; pourtant, elle est aujourd’hui choisie.
Astuce E : dans une dissertation, ces connecteurs structurent le mouvement thèse → antithèse → synthèse.
C. Texte — « Une langue, deux visages » (texte original) Link to heading
Une langue, deux visages
Pour une grande partie du monde, la langue française n’est pas seulement une langue : c’est aussi une trace de l’histoire coloniale. En Afrique de l’Ouest, au Maghreb ou dans les Caraïbes, le français est souvent arrivé par l’école coloniale, comme langue de l’administration et du pouvoir. Il portait alors un message implicite : la culture de l’autre serait « supérieure ».
Et pourtant, après les indépendances, beaucoup d’autrices et d’auteurs ont gardé cette langue — non par soumission, mais par choix. En écrivant en français, ils s’adressent à un public très large et, surtout, ils retournent la langue contre les préjugés qu’elle a parfois servis. La langue de la domination devient alors une langue de la critique et de la création.
Écrire en français, dans ce contexte, revient à poser une question d’identité : à qui appartient une langue ? À l’ancien colonisateur, ou à toutes celles et tous ceux qui la font vivre aujourd’hui ? La réponse la plus fréquente est nuancée : le français est un héritage ambivalent, à la fois imposé et réapproprié. C’est cette tension qui rend la littérature francophone postcoloniale si riche.
D. Note culturelle — la Francophonie et la Négritude (source ouverte) Link to heading
D’après Wikipédia (CC BY-SA), l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a été créée en 1970 et rassemble aujourd’hui environ 88 États et gouvernements membres, associés ou observateurs. Le français compterait plus de 300 millions de locuteurs dans le monde, dont une part importante et croissante se trouve en Afrique.
La réflexion sur langue et identité n’est pas nouvelle : dès les années 1930 à Paris, le mouvement littéraire de la Négritude revendique la valeur des cultures noires face au discours colonial. Plus tard, dans les Caraïbes, le courant de la créolité met en avant le métissage et les langues créoles. Ces mouvements montrent que la langue française a aussi été un espace de résistance et d’affirmation.
(Faits paraphrasés à partir de sources libres ; voir « Sources ».)
3. S’entraîner Link to heading
Ex. 1 — Compréhension écrite (texte C). Répondez par des phrases complètes.
- Comment le français est-il souvent arrivé dans les anciennes colonies ?
- Quel « message implicite » cette langue portait-elle, selon le texte ?
- Pourquoi de nombreux auteurs ont-ils gardé le français après les indépendances ?
- Expliquez l’expression « héritage ambivalent » avec vos propres mots.
Ex. 2 — Vocabulaire. Complétez avec : décolonisation · se réapproprier · représentation · métissage.
a) Le processus d’accès à l’indépendance s’appelle la ______. b) ______ une langue, c’est en faire son propre outil. c) La ______ des peuples colonisés dans les médias a longtemps été négative. d) La culture caribéenne est marquée par le ______ de plusieurs origines.
Ex. 3 — Point de langue (opposition / concession). Reliez les deux phrases avec le connecteur indiqué.
a) Le français fut imposé. Il est aujourd’hui choisi. (pourtant) b) Cette langue a un passé colonial. Elle est réappropriée. (malgré) c) Il est né au Sénégal. Il écrit en français. (bien que)
Ex. 4 — Compétence médiatique. Observez la note culturelle (D). En deux phrases, dites : (a) quelle information vous paraît la plus surprenante ; (b) pourquoi il est important de citer la source d’un chiffre.
Solutions Link to heading
Ex. 1.
- Il est souvent arrivé par l’école coloniale, comme langue de l’administration et du pouvoir.
- Que la culture de l’autre (des colonisés) serait « inférieure » et celle du colonisateur « supérieure ».
- Par choix : pour s’adresser à un large public et pour retourner la langue contre les préjugés qu’elle a servis (langue de critique et de création).
- Réponse attendue : le français est à la fois un poids venu de la colonisation (imposé) et une langue que les auteurs font leur (réappropriée) ; il a donc deux valeurs opposées en même temps.
Ex. 2. a) décolonisation — b) Se réapproprier — c) représentation — d) métissage.
Ex. 3. a) Le français fut imposé ; pourtant, il est aujourd’hui choisi. b) Malgré son passé colonial, cette langue est réappropriée. c) **Bien qu’**il soit né au Sénégal, il écrit en français.
Ex. 4. Réponse libre. On valorise : (a) un choix cohérent (par ex. la part de l’Afrique) justifié ; (b) l’idée que citer la source permet de vérifier l’information, d’éviter les fausses données et de respecter le travail d’autrui.
4. Produire Link to heading
Tâche d’écriture (Niveau E, ~250-300 mots) — prise de position argumentée :
Sujet : « La langue française, pour les écrivaines et écrivains des anciennes colonies : un héritage subi ou un choix libre ? »
Consignes :
- structure en 4 paragraphes : introduction · thèse · antithèse · synthèse ;
- utilisez au moins 3 mots du vocabulaire (A) et 2 connecteurs d’opposition ou de concession (B) ;
- appuyez-vous sur au moins une idée du texte C ou de la note culturelle (D), en la reformulant (pas de copie) ;
- terminez par une position personnelle nuancée.
Critères d’évaluation :
| Critère | Indicateurs | Points |
|---|---|---|
| Contenu / argumentation | thèse et antithèse claires, exemples pertinents | 6 |
| Structure | 4 paragraphes, connecteurs logiques | 4 |
| Langue | lexique postcolonial, correction grammaticale | 5 |
| Position personnelle | avis nuancé et justifié | 3 |
| Total | 18 |
5. Réfléchir Link to heading
- Je sais expliquer pourquoi le français est un héritage « ambivalent ».
- J’utilise correctement au moins cinq mots du champ postcolonial.
- Je sais exprimer l’opposition et la concession (pourtant, malgré, bien que + subjonctif).
- Je peux analyser un document et interpréter un chiffre issu d’une source.
- Je cite mes sources et je paraphrase au lieu de copier.
Évaluation Link to heading
Épreuve type — compréhension écrite et compétence textuelle/médiatique (Niveau E)
Support : le texte C « Une langue, deux visages » + la note culturelle D.
Tâche 1 — Compréhension écrite (« Leseverstehen ») (10 P.) Répondez en français, par des phrases complètes :
- Résumez en deux phrases le « double visage » de la langue française décrit dans le texte. (4 P.)
- Relevez deux éléments qui montrent le passé colonial du français. (2 P.)
- Expliquez la phrase : « ils retournent la langue contre les préjugés ». (4 P.)
Tâche 2 — Compétence textuelle et médiatique (« Text- und Medienkompetenz ») (10 P.) 4. À partir de la note D, expliquez le lien entre la Négritude et l’idée de « résistance ». (5 P.) 5. Analysez le titre « Une langue, deux visages » : quel est l’effet recherché ? (3 P.) 6. Pourquoi l’auteur du texte cite-t-il des sources ouvertes plutôt que d’affirmer sans preuve ? (2 P.)
Tâche 3 — Prise de position (« Schreiben ») (10 P.) 7. En 120-150 mots, répondez : une langue peut-elle appartenir à celles et ceux qui se la réapproprient ? Utilisez deux connecteurs de concession. (10 P.)
Barème total : 30 P. — Note E : 27-30 = très bien · 21-26 = bien · 15-20 = satisfaisant · 9-14 = passable · < 9 = insuffisant.
Notes pour l’enseignant·e Link to heading
Durée : 45 min.
| Phase | Temps | Organisation |
|---|---|---|
| Situation de départ + Activer | 6' | plénière, brainstorming au tableau |
| Apporter (A-D) | 13' | lecture guidée + vocabulaire ; note D projetée |
| S’entraîner (Ex. 1-4) | 12' | binômes, correction en plénière |
| Produire | 12' | travail individuel (plan) ; rédaction à finir en devoir |
| Réfléchir + aperçu | 2' | auto-évaluation |
Organisation : projeter la carte « Le français dans le monde » (source libre) en ouverture. Le texte C et la note D suffisent pour toute la séance sans matériel sous droits.
Différenciation : voir l’encadré G/M/E après les Solutions. Pour le groupe G, fournir les connecteurs de la partie B sur une bande-mémo. Pour le groupe E, demander une synthèse écrite intégrant un chiffre de la note D correctement cité.
Posture : la plateforme n’est affiliée à aucune institution ni maison d’édition ; les auteurs et œuvres sont mentionnés à titre de référence, sans citation de textes sous droits.
Sources Link to heading
- Organisation internationale de la Francophonie — Wikipédia (consulté 2026), https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_internationale_de_la_Francophonie, licence CC BY-SA 4.0.
- Négritude — Wikipédia (consulté 2026), https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9gritude, licence CC BY-SA 4.0.
- Créolité — Wikipédia (consulté 2026), https://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%A9olit%C3%A9, licence CC BY-SA 4.0.
- Littérature postcoloniale — Wikipédia (consulté 2026), https://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rature_postcoloniale, licence CC BY-SA 4.0.
Téléchargements
Écouter
Le vocabulaire, les dialogues et les textes de cette unité en audio, dits par une voix native. Le texte parlé figure en dessous.
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Léa — Regarde, on parle français au Sénégal, au Maroc, en Haïti, au Québec… mais ces pays n'ont jamais été la France .
Malik — Justement. Pour beaucoup, le français est arrivé avec la colonisation. Ce n'est pas une langue neutre .
Léa — Alors pourquoi tant d'écrivaines et d'écrivains choisissent-ils d'écrire dans cette langue-là ?
Malik — Peut-être parce qu'une langue peut être à la fois un héritage imposé et un outil qu'on se réapproprie.
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la colonisation · la décolonisation · l'héritage (m.) · se réapproprier · l'identité (f.) · la représentation · la francophonie · le métissage · la langue maternelle · ambivalent·e
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Une langue, deux visages
Pour une grande partie du monde, la langue française n'est pas seulement une langue : c'est aussi une trace de l'histoire coloniale. En Afrique de l'Ouest, au Maghreb ou dans les Caraïbes, le français est souvent arrivé par l'école coloniale, comme langue de l'administration et du pouvoir. Il portait alors un message implicite : la culture de l'autre serait supérieure .
Et pourtant, après les indépendances, beaucoup d'autrices et d'auteurs ont gardé cette langue — non par soumission, mais par choix. En écrivant en français, ils s'adressent à un public très large et, surtout, ils retournent la langue contre les préjugés qu'elle a parfois servis. La langue de la domination devient alors une langue de la critique et de la création.
Écrire en français, dans ce contexte, revient à poser une question d'identité : à qui appartient une langue ? À l'ancien colonisateur, ou à toutes celles et tous ceux qui la font vivre aujourd'hui ? La réponse la plus fréquente est nuancée : le français est un héritage ambivalent, à la fois imposé et réapproprié. C'est cette tension qui rend la littérature francophone postcoloniale si riche.
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Contenu / argumentation · Structure · Langue · Position personnelle · Total
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Situation de départ + Activer · Apporter (A-D) · S'entraîner (Ex. 1-4) · Produire · Réfléchir + aperçu

