Unité 7 — Harcèlement et respect

Parcours E (lycée) · classe 9 · Niveau E

Modèle : Activer → Apporter → S’entraîner → Produire → Réfléchir · Niveau : E
Un mot avant de commencer. Cette unité aborde un sujet sensible. Il n’est jamais obligatoire de raconter une expérience personnelle. On peut toujours parler « en général », au moyen d’exemples inventés. Si le sujet touche quelqu’un de trop près, on peut se retirer d’une activité et en parler ensuite, en privé, à l’enseignant·e.

Objectifs Link to heading

  • Je peux nommer les trois rôles en jeu dans une situation de harcèlement (auteur·e, victime, témoin) et expliquer pourquoi le témoin est décisif.
  • Je peux exprimer des sentiments et des émotions (peur, honte, solitude, colère, soulagement) avec un vocabulaire nuancé.
  • Je peux demander et proposer de l’aide à l’oral, dans un dialogue de soutien, en employant des formules d’écoute et le conditionnel de politesse.
  • Je peux utiliser le subjonctif après il faut que / il vaut mieux que pour donner un conseil.
  • Je peux rédiger un texte engagé (lettre ouverte ou message de soutien, environ 150 mots) structuré et respectueux.

Situation de départ Link to heading

Scène originale — dans le couloir, à l’interclasse.

Léa — Ça va, Sofiane ? Tu as l’air ailleurs depuis ce matin.

Sofiane — Bof… Y a un groupe sur la messagerie de la classe. Ils mettent des photos de moi, ils se moquent de ma façon de parler. C’est « pour rigoler », qu’ils disent.

Léa — Attends… ça dure depuis quand ? Tu en as parlé à quelqu’un ?

Sofiane — Non. J’ai honte. Et j’ai peur que ça empire si je dis quelque chose.

Léa — Tu n’as pas à avoir honte : ce n’est pas toi le problème. On peut en parler à Mme Roy, ou appeler le 3018. Tu ne restes pas seul là-dedans, d’accord ? Je suis avec toi.

Questions d’activation :

  1. Quels sentiments Sofiane exprime-t-il ? Relevez deux mots dans la scène.
  2. Léa est témoin. Que fait-elle de concret pour aider ?
  3. Pourquoi la phrase « Ce n’est pas toi le problème » est-elle importante ?

1. Activer Link to heading

  • Que signifie, pour vous, respecter quelqu’un à l’école ? Donnez trois exemples concrets.
  • Quelle est la différence entre taquiner (une fois, réciproque, on en rit ensemble) et harceler (répété, à sens unique, ça fait mal) ?
  • Nuage de mots (au tableau) : quels mots associez-vous à harcèlement ? Et à soutien ?
  • Connaissez-vous un numéro ou une personne à qui s’adresser en cas de problème ? (En France ? En Allemagne ?)

2. Apporter Link to heading

A. Vocabulaire — sentiments, rôles et actions Link to heading

FrançaisCatégorieAllemand (repère)
avoir hontesentimentsich schämen
avoir peur / être angoissé·esentimentAngst haben
se sentir seul·e / isolé·esentimentsich allein fühlen
être blessé·e (moralement)sentimentverletzt sein
être soulagé·esentimenterleichtert sein
l’auteur·e (du harcèlement)rôleder/die Täter·in
la victimerôledas Opfer
le/la témoinrôleder/die Zeug·in
le harcèlement / le cyberharcèlementnotion(Cyber-)Mobbing
soutenir quelqu’unactionjemanden unterstützen
signaler (un message, un fait)actionmelden
oser en parleractiones wagen, darüber zu reden
briser le silenceactiondas Schweigen brechen

B. Point de langue — le subjonctif du conseil Link to heading

Donner un conseil : il faut que / il vaut mieux que + subjonctif

Après ces expressions, le verbe se met au subjonctif présent. Base : la forme ils/elles du présent, sans -ent, + terminaisons -e, -es, -e, -ions, -iez, -ent.

  • parler → il faut que tu parles (≠ tu parles de l’indicatif seulement par le sens et le contexte)
  • attendre → il faut qu’on attende
  • écrire → il vaut mieux que vous écriviez

Trois verbes irréguliers très utiles :

  • être → que je sois, que tu sois, qu’il soit, que nous soyons, que vous soyez, qu’ils soient
  • avoir → que j’aie, que tu aies, qu’il ait, que nous ayons, que vous ayez, qu’ils aient
  • faire → que je fasse, que tu fasses, qu’il fasse, que nous fassions, que vous fassiez, qu’ils fassent

Exemple : « Il faut que tu sois courageux·se, et il vaut mieux que tu n’aies pas honte. »

Conditionnel de politesse (pour proposer de l’aide) : Tu pourrais en parler à… · Est-ce que je pourrais t’aider ? · On devrait le signaler.

C. Texte original — deux voix Link to heading

« Je n’osais rien dire »

Pendant des semaines, Nour arrivait au collège la boule au ventre. Dans le groupe de la classe, on commentait ses vêtements, on imitait sa voix. « Ce n’est qu’une blague », répétaient-ils. Mais une blague qui se répète et qui blesse toujours la même personne n’est plus une blague : c’est du harcèlement.

Nour avait honte. Elle se sentait seule, comme si personne ne pouvait comprendre. Elle pensait, à tort, que se taire ferait tout disparaître.

Un midi, Maël s’est assis à côté d’elle. Il n’a pas fait de grand discours. Il a simplement dit : « J’ai vu les messages. Ce n’est pas normal, et ce n’est pas ta faute. Si tu veux, on va voir la CPE ensemble. »

Ce jour-là, quelque chose a changé. Ce n’est pas le silence de Nour qui l’a sauvée — c’est le geste d’un témoin qui a refusé de détourner le regard.

D. Note culturelle — le 3018 et le programme pHARe (source ouverte) Link to heading

En France, le numéro 3018 est un service national d’aide contre le harcèlement entre élèves et le cyberharcèlement. D’après l’encyclopédie libre Wikipédia (licence CC BY-SA), l’appel est gratuit, confidentiel et anonyme ; le service peut aussi agir rapidement auprès des plateformes pour faire retirer des contenus (photos, vidéos, comptes) qui nuisent à un·e jeune. Dans les établissements, le programme pHARe de l’Éducation nationale vise à prévenir le harcèlement et à former des élèves « ambassadeurs ». Une journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école a lieu chaque année en novembre.

En Allemagne, un service comparable existe : la « Nummer gegen Kummer » propose une écoute gratuite et anonyme pour les jeunes.

(Faits paraphrasés à partir des articles « Harcèlement scolaire » et « 3018 » de Wikipédia en français, CC BY-SA — voir Sources. Aucune phrase n’est recopiée.)

3. S’entraîner Link to heading

Ex. 1 — Compréhension du texte C.

  1. Pourquoi les « blagues » subies par Nour sont-elles en réalité du harcèlement ? (Donnez le critère du texte.)
  2. Relevez deux sentiments de Nour dans le deuxième paragraphe.
  3. Que fait Maël de concret ? Citez ses deux gestes.
  4. Expliquez avec vos mots la dernière phrase : « ce n’est pas le silence… c’est le geste d’un témoin ».

Ex. 2 — Le subjonctif du conseil. Mettez le verbe entre parenthèses au subjonctif présent.

a) Il faut que tu (parler) → ___ à un adulte de confiance. b) Il vaut mieux qu’on (signaler) → ___ le message. c) Il faut que vous (être) → ___ solidaires. d) Il vaut mieux que tu n’(avoir) → ___ pas peur d’en parler. e) Il faut qu’elle (faire) → ___ le premier pas.

Ex. 3 — Le vocabulaire des sentiments. Complétez avec le mot juste : soulagé·e · honte · seule · blessée · peur.

Depuis des semaines, Inès avait (1) ___ d’aller en cours. Elle se sentait (2) ___, sans personne à qui parler. Les moqueries l’avaient profondément (3) ___. Elle avait aussi (4) ___ de ce que les autres pensaient. Le jour où une amie l’a écoutée, Inès s’est enfin sentie (5) ___.

Ex. 4 — Proposer de l’aide (conditionnel). Transformez chaque idée en une phrase de soutien polie, comme dans l’exemple.

Exemple : en parler à la CPE → Tu pourrais en parler à la CPE, si tu veux.

a) signaler le message ensemble → ___ b) appeler le 3018 → ___ c) s’asseoir avec toi à la récré → ___

Différenciation.

  • Niveau M : l’Ex. 2 est fourni avec les infinitifs déjà classés (réguliers / irréguliers) ; l’Ex. 4 propose un début de phrase (Tu pourrais…).
  • Niveau E : l’Ex. 4 se fait sans amorce ; ajouter un Ex. 4bis : reformuler une phrase maladroite (« Arrête de te plaindre ») en une phrase de soutien.
  • Soutien (G) : donner la banque de mots de l’Ex. 3 dans le désordre avec traduction ; accepter des réponses d’un mot à l’Ex. 1.

Solutions Link to heading

Ex. 1.

  1. Parce que ce sont des moqueries répétées qui visent toujours la même personne et qui blessent — donc plus une blague.
  2. Elle a honte ; elle se sent seule (au choix : elle croit que personne ne peut comprendre).
  3. Maël s’assoit à côté d’elle et lui dit que ce n’est pas sa faute / propose d’aller voir la CPE ensemble.
  4. Réponse attendue (idée) : ce qui protège la victime, ce n’est pas de se taire, mais l’intervention d’un témoin qui n’ignore pas la situation.

Ex. 2. a) parles · b) signale · c) soyez · d) aies · e) fasse.

Ex. 3. 1) peur · 2) seule · 3) blessée · 4) honte · 5) soulagée.

Ex. 4. Réponses possibles : a) On pourrait signaler le message ensemble, si tu es d’accord. b) Tu pourrais appeler le 3018 : c’est gratuit et anonyme. c) Je pourrais m’asseoir avec toi à la récré, si tu veux.

4. Produire Link to heading

Au choix — tâche d’expression écrite OU orale.

Option A (écrit, ~150 mots) — un message de soutien. Un·e camarade vous confie par écrit qu’il/elle subit du harcèlement. Rédigez-lui une réponse bienveillante en trois parties : (1) accueillir ses sentiments (« Je comprends que… », « Ce n’est pas ta faute ») ; (2) proposer deux actions concrètes (personne de confiance, 3018, signalement) ; (3) une phrase d’encouragement. Intégrez au moins deux verbes de sentiment, un subjonctif de conseil et une phrase au conditionnel de politesse.

Option B (oral, en binôme, ~2 min) — dialogue de soutien. Un·e élève joue un·e camarade en difficulté ; l’autre joue le/la témoin qui écoute et propose de l’aide. Le/la témoin doit : reformuler ce qu’il/elle entend (« Si je comprends bien… »), rassurer, proposer une démarche. Interdit de donner des ordres secs (« Arrête », « C’est rien »).

Critères d’évaluation (production).

  • Contenu / pertinence : les trois parties sont présentes ; les propositions d’aide sont réalistes. (4 pts)
  • Empathie et registre : ton respectueux, formules d’écoute, pas de jugement. (3 pts)
  • Langue : subjonctif de conseil + conditionnel de politesse corrects ; vocabulaire des sentiments employé. (3 pts)
  • Cohérence : texte/dialogue structuré et lié (connecteurs). (2 pts)

5. Réfléchir Link to heading

  • Je sais nommer les trois rôles et expliquer le rôle décisif du témoin.
  • Je peux exprimer au moins cinq sentiments en français.
  • Je peux proposer de l’aide poliment (conditionnel + formules d’écoute).
  • Je forme correctement le subjonctif après il faut que / il vaut mieux que.
  • Je connais le 3018 (France) et la Nummer gegen Kummer (Allemagne).
  • Je sais que demander de l’aide n’est pas une faiblesse, mais un acte de courage.

Évaluation Link to heading

Devoir surveillé (« Klassenarbeit ») — Niveau E · 40 points · 45 min

Tâche 1 — Compréhension écrite (« Leseverstehen ») (12 pts). Un court texte original de soutien (fourni le jour de l’épreuve) ; 5 questions : rôles, sentiments exprimés, actions du témoin, sens d’une phrase clé, un mot à expliquer.

Tâche 2 — Maîtrise de la langue (« Sprachmittel ») (12 pts).

  • 5 phrases à compléter au subjonctif après il faut que / il vaut mieux que (5 pts).
  • 3 idées à reformuler en propositions d’aide au conditionnel (3 pts).
  • 4 sentiments à traduire ou à employer en contexte (4 pts).

Tâche 3 — Expression écrite (« Schreiben ») (16 pts). Rédigez un message de soutien ou une lettre ouverte (~150 mots) à un·e camarade ou à la classe. Barème : contenu et structure (6) · empathie et registre (4) · correction de la langue (4) · richesse du vocabulaire des sentiments (2).

Total : 40 points.

Notes pour l’enseignant·e Link to heading

Cadre affectif. Poser d’emblée les règles de sécurité (voir l’encadré d’ouverture) : le partage personnel n’est jamais obligatoire ; on travaille à partir d’exemples fictifs. Repérer les élèves qui décrochent ; prévoir une sortie discrète possible. Garder à disposition les coordonnées de la CPE, de l’infirmerie et du/de la psychologue de l’établissement, ainsi que les numéros 3018 et 116 111.

Plan (45 min) : Activer 5’ · Apporter 13’ (vocabulaire 4’ · point de langue 4’ · texte C 5’) · S’entraîner 13’ (avec correction) · Produire 12’ · Réfléchir 2'.

Organisation. Situation de départ en lecture à deux voix. Ex. 1–3 en autonomie ou en binôme ; Ex. 4 à l’oral, à deux. Pour l’Option B de la phase Produire, faire tourner les rôles et prévoir une grille d’observation courte (empathie / propositions / langue).

Différenciation. Voir l’encadré de la phase 3 (G/M/E). Prévoir une banque de formules d’écoute affichée au tableau pour les groupes plus fragiles. Extension E : comparer 3018 (FR) et 116 111 (DE), ou aborder le rôle des « ambassadeurs pHARe ».

Prolongement possible. Journée nationale de lutte contre le harcèlement (novembre) : réaliser une affiche de classe ou une charte du respect.

Sources Link to heading

Plateforme éducative indépendante, sans affiliation aux institutions ou services mentionnés. Les textes de lecture sont des créations originales.

Téléchargements

Écouter

Le vocabulaire, les dialogues et les textes de cette unité en audio, dits par une voix native. Le texte parlé figure en dessous.

Texte 1
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Léa — Ça va, Sofiane ? Tu as l'air ailleurs depuis ce matin.
Sofiane — Bof… Y a un groupe sur la messagerie de la classe. Ils mettent des photos de moi, ils se moquent de ma façon de parler. C'est pour rigoler , qu'ils disent.
Léa — Attends… ça dure depuis quand ? Tu en as parlé à quelqu'un ?
Sofiane — Non. J'ai honte. Et j'ai peur que ça empire si je dis quelque chose.
Léa — Tu n'as pas à avoir honte : ce n'est pas toi le problème. On peut en parler à Mme Roy, ou appeler le 3018. Tu ne restes pas seul là-dedans, d'accord ? Je suis avec toi.

Vocabulaire 1
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avoir honte · avoir peur / être angoissé·e · se sentir seul·e / isolé·e · être blessé·e (moralement) · être soulagé·e · l'auteur·e (du harcèlement) · la victime · le/la témoin · le harcèlement / le cyberharcèlement · soutenir quelqu'un · signaler (un message, un fait) · oser en parler · briser le silence

Dialogue 1
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Je n'osais rien dire
Pendant des semaines, Nour arrivait au collège la boule au ventre. Dans le groupe de la classe, on commentait ses vêtements, on imitait sa voix. Ce n'est qu'une blague , répétaient-ils. Mais une blague qui se répète et qui blesse toujours la même personne n'est plus une blague : c'est du harcèlement.
Nour avait honte. Elle se sentait seule, comme si personne ne pouvait comprendre. Elle pensait, à tort, que se taire ferait tout disparaître.
Un midi, Maël s'est assis à côté d'elle. Il n'a pas fait de grand discours. Il a simplement dit : J'ai vu les messages. Ce n'est pas normal, et ce n'est pas ta faute. Si tu veux, on va voir la CPE ensemble.
Ce jour-là, quelque chose a changé. Ce n'est pas le silence de Nour qui l'a sauvée — c'est le geste d'un témoin qui a refusé de détourner le regard.